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« À quoi bon continuer ? » : le piège de l’impuissance apprise

Par Siana, le 18/02/2024

« J’ai déjà essayé et ça n’a pas marché. »

« À quoi bon continuer ? »

Si ces deux phases tournent en boucle dans votre tête à chaque nouvelle idée, ou pire, à chaque action que demande votre fichue vie (ou votre fichu travail), cet article vous donnera des clés pour comprendre ce qui se passe et comment s’en extirper.

 

En tant qu’autrice, j’ai déjà vécu cela, encore même récemment, entre 2022 et 2023. Alors que je suis relativement en paix avec moi-même au sujet de l’écriture depuis l’édition de mon premier roman en 2019, j’ai pris conscience qu’il me restait de grosses lacunes sur la communication. Sauf que mon cerveau n’a pas trop apprécié de retrouver le mood « mince, en fait je maîtrise pas ». Il a un peu tout amalgamé et il m’a envoyé des pensées comme « bouuuuh, de toute façon on arrive jamais à rien depuis des lustres ». C’était faux, bien évidemment, et il m’a fallu creuser pour comprendre cet amalgame entre deux compétences bien différentes.

Alors, c’est un exemple un peu particulier, mais il m’a aidée à mettre le doigt sur ce qui clochait réellement

 

Laissez-moi donc vous parler d’un truc qui a le don de beaucoup trop nous pourrir la vie. Pas pour vous démoraliser, plutôt pour apprendre à le repérer et à le chasser. L’impuissance apprise, aussi parfois appelée résignation acquise, est un parasite qui s’accroche sournoisement sans qu’on le remarque, puis qui ancre ses racines de plus en plus profond… potentiellement jusqu’à la dépression.

Dans cet article, je vais donc commencer par vous exposer un peu de théorie, pour comprendre de quoi on parle, puis on évoquera pourquoi ça nous touche autant et comment l’affronter ou l’éviter !

L’impuissance apprise : qu’est-ce que c’est et comment ça marche ?

Après une première découverte théorique en 1972, par une professeure en psychologie expérimentale, plusieurs expériences sur des animaux et des êtres humains ont prouvé l’existence de l’impuissance apprise. Je vais rapidement vous en raconter deux :

 

Prenez un éléphant très jeune, dont vous attachez la patte à une simple corde nouée à un tronc d’arbre. L’éléphanteau a beau tirer sur la corde, elle résiste. Il n’est pas assez grand ni fort pour la déchirer. Une fois qu’il a compris que cela ne sert à rien, il cesse d’essayer. Oui, même quand il est devenu adulte.

Maintenant, imaginez une classe d’élèves… On leur donne trois anagrammes à résoudre. La moitié de la classe a des anagrammes simples, l’autre en reçoit deux impossibles sur les trois. La plupart des élèves du second groupe se sentent incapables de résoudre le dernier, après avoir échoué deux fois. (Et ce n’est pas qu’une expérience… Dans le cas d’un élève en échec scolaire, comment vérifier si cela provient d’un réel faible niveau ou de sa croyance en son faible niveau ?)

 

L’impuissance apprise est un sentiment général et durable engendré par la prolongation ou la répétition de résultats désagréables (échecs ou difficultés). Sous son joug, on finit par renoncer à agir même face à des tâches faciles, ou du moins à notre portée : on abandonne, on ne travaille qu’à moitié, on s’auto-sabote ou… on procrastine !

Malheureusement, les auteurs ont un cadre de travail bien particulier qui favorise ce sentiment d’impuissance… (et c’est bien de le savoir, si on veut apprendre à y échapper !)

L’impuissance apprise chez les auteurs : à quoi ça ressemble ?

Le problème, quand on se lance dans l’écriture d’un roman, c’est qu’on n’a pas de filet de sécurité. À l’école, les profs offrent du feedback, notent les devoirs, encouragent les élèves avec pédagogie. Quand ils font bien leur travail, ils ont le pouvoir de limiter l’impuissance apprise chez leurs élèves. Mais pour nous, ça se passe autrement…

 

On se relit, on reçoit des bêta-lectures qui nous signalent tout ce qui ne va pas, puis on se forge à « corriger » des fautes et des manuscrits plus qu’à « apprendre » à faire mieux. En autodidacte, on se construit sur le négatif. Alors, vous allez me dire, les bons bêta-lecteurs relèvent aussi les points positifs de chaque manuscrit, et les auteurs avec qui on noue des liens nous encouragent… Mais ensuite, on « corrige » quand même tout le négatif.

Tous les auteurs que je connais corrigent des versions 2, 3, 4… (parfois jusqu’à 10) de leurs romans ! Il y a des exceptions, notamment quand on commence à avoir de l’expérience (c’est la version 3 de Frères d’enchantements qui a été publiée, je la trouve encore très bien et les avis sont positifs), mais chaque roman est différent donc on peut avoir des surprises (février 2024, je suis sur ma version 9 d’Oniriphage…).

Et puis, après les corrections, il y a la recherche d’éditeur… Vous savez, ces 2-3 ans minimums durant lesquels vous recevez majoritairement des réponses négatives (comme 99% des auteurs, je vous rassure !). Alors, vous reprenez vos corrections, encore et encore, mais c’est comme si elles n’allaient jamais suffire

 

Notre cerveau finit par nous répondre « à quoi bon continuer ? », parce qu’il aura appris que, peu importe les « corrections », il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Mais le souci c’est qu’écrire un roman demande de nombreuses compétences qu’on ne peut pas développer en claquant des doigts. Il faut savoir écrire des dialogues, des descriptions, des personnages, leurs relations, puis il faut composer des intrigues, des retournements de situation, des révélations…

Le talent n’existe pas, pour la simple et bonne raison que nous avons tous nos difficultés et nos atouts, donc des facilités sur certains éléments quand d’autres nous donnent du fil à retordre. Sans parler de ce moment où, une fois le roman écrit et publié, on se rend compte qu’on manque de compétence en communication et qu’on se retrouve de nouveau à tâtonner, encore à essayer et « corriger »…

 

Quand on a déjà vécu tout cela, notre cerveau (qui veut gentiment nous protéger) en vient parfois à se dire que ne rien faire est plus simple. Car essayer, c’est risquer de rendre les conséquences encore plus négatives que ne rien faire : si je publie mon roman, je risque d’avoir un mauvais roman ET des critiques négatives, alors que si je ne fais rien je n’aurais qu’un mauvais manuscrit. Nous voilà donc en bonne descente vers l’immobilité : soit l’impuissance apprise, soit une bonne vieille dépression. Mais du coup, qu’est-ce qu’on peut faire pour éviter ça ou s’en relever ?

Et sinon, on s’en débarrasse comment ?

J’aimerais vous dire « facilement », mais ce n’est pas vraiment le cas…

Personnellement, j’ai déjà mis longtemps à comprendre que j’avais un problème puis à essayer de le décortiquer. Longtemps comme 2 ou 3 ans, durant lesquelles j’ai été moins productive sans vraiment saisir pourquoi. L’impuissance apprise est sournoise dans le fait qu’elle bloque la plupart des techniques de motivation que j’utilise avec succès depuis des années. C’est un type de page blanche particulier, qui confine lentement à l’apathie. Nous sommes donc proches d’un symptôme de dépression (j’insiste dessus parce que c’est justement un signal d’alerte !).

 

Heureusement, la réalité peut s’avérer plus positive qu’elle n’y paraît. Parce qu’en vérité, même si c’est un processus qui prend du temps, apprendre et corriger nous permet de développer des outils et des compétences tout au long de notre vie d’auteur, ce qui favorise la confiance en soi et la réussite à long terme.

Dans l’idéal, il suffit donc de trouver des méthodes pour repousser le plus longtemps possible ce fichu sentiment d’impuissance apprise.

 

L’être humain étant multiple et pluriel, voici 6 techniques à tester.

J’espère que vous y trouverez celles qui vous conviennent :

 

1 – Faire un point sur son évolution personnelle : j’ai pu avancer dans ma réflexion en me disant que « à cette époque, il me manquait telle compétence, donc je ne savais pas comment faire et c’était normal », une technique efficace surtout si vous savez que votre compétence a évolué positivement depuis votre point de référence. La technique du « je n’y arrive pas encore » de la professeure de psychologie Carol Dweck vous aidera également à placer l’échec dans une nouvelle perspective.

 

2 – Dans la série Sense8, Hernando dit à Lito : « mais l’échec fait partie de ton travail » (citation de mémoire). La sensation d’échec nous saute tellement au visage à chaque refus, et les succès de ceux qui cartonnent sont tellement retentissants… qu’on en oublie que nous ne sommes pas les seuls et que cet aspect fait partie intégrante du métier de tous les artistes. Pour vous rassurer, lisez des interviews de ceux qui ont galéré avant de réussir !

 

3 – Persévérez… ou changez de méthode ! Une citation célèbre attribuée à Albert Einstein dit : « la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ». Et effectivement, c’est en testant diverses méthodes qu’on apprend et qu’on évolue, afin d’obtenir enfin de nouveaux résultats. Ils ne sont pas forcément positifs dès le premier changement, mais ils nous apprennent toujours quelque chose.

 

4 – Dès que possible, et régulièrement : célébrez vos petites joies. Parce que c’est l’ensemble et l’accumulation de celles-ci qui constitueront votre réussite. Comptez aussi vos apprentissages, car ils vous font avancer dans le bon sens. J’ai l’impression de le répéter sans cesse… et même moi je n’y pense pas assez souvent. Une bonne habitude à prendre !

 

5 – Inspirez-vous de « modèles » réalistes. Pas ce super grand écrivain que vous admirez, non, une personne qui a juste publié un ou deux romans de plus que vous suffit pour commencer. Les attentes trop hautes pèsent sur votre peur de l’échec, alors ne la nourrissez pas davantage ! Vous aurez le temps de rêver plus grand à chaque pas que vous ferez, en vous hissant tranquillement de plus en plus haut.

 

6 – Recherchez les signaux positifs ! Ce sont ces petites choses rassurantes qui éloignent l’échec. On les trouve sur les réseaux sociaux : likes, commentaires, partages, citations. On les trouve aussi dans les avis sur nos livres : points positifs des bêta-lectures, chroniques positives sur les blogs, commentaires sur les sites de vente. Si vous avez de tels signaux positifs mais peu de ventes, ça vous rassurera déjà sur vos capacités d’auteur. Vous pourrez ainsi chercher quoi d’autre remettre en question, par exemple : votre angle marketing, votre niche ou votre manque de tropes à la mode…

 

Bref, si vous étiez déjà embourbé dans l’impuissance apprise en débarquant sur cet article, remonter la pente prendra peut-être du temps et c’est normal. Notre cerveau est une machine qui apprend et nous protège, avant tout, le déprogrammer demande un effort conscient (ou une expérience de vie contradictoire).

Cela dit, s’il a appris dans un sens, il pourra apprendre dans l’autre : c’est comme une roue qui tourne et que vous souhaitez faire changer de sens !

 

En complément, découvrez aussi l’article sur comment transformer l’échec en force.

Tandis que si vous souhaitez apprendre à corriger avec positivité, mon guide pratique spécial motivation vous aidera.

 

Et vous, quelles sont vos méthodes à vous pour gérer la peur de l’échec ?

Répondez en commentaire, ça aidera tous les auteurs qui recherchent de nouvelles techniques !

 

 

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